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 La Littérature épistolaire

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Messagepar Invité : La Littérature épistolaire   Mar 13 Mar - 12:52

La Littérature épistolaire

           La Littérature épistolaire est un genre qui regroupe plusieurs formes littéraires. En elle-même, l’expression désigne tous les écrits qui, de près ou de loi, s’adressent à autrui, à distance et de façon différée. L’auteur de cette forme littéraire s’adresse à un correspondant ou destinataire qui est éloigné de lui, dans le temps et l’espace. Cela a des conséquences sur la forme et le fond de ces écrits. L’intention de l’expéditeur de la lettre ou missive peut être très diverse. Mais c’est toujours un acte de communication écrit, qui en présente les caractéristiques.

           Les caractéristiques principales d’une lettre sont les suivantes : émetteur et destinataire doivent facilement reconnaissables ; le genre épistolaire implique que celui qui écrit s’adapte à son destinataire, son niveau de langue sera donc bien choisi ; la lettre a une codification précise qui la rend immédiatement reconnaissable et qu’il faut respecter comme une présentation claire, des formules d’appel et finales figées et une signature.

             Les lettres peuvent être authentiques ou fictives. Les lettres authentiques sont celles qui ont été celles qui ont été écrites par une personne réelle qui s’adressait à un destinateur existant réellement. Elles ont été envoyées. Elles recouvrent la correspondance officielle, aux Impôts par exemple, ou la correspondance privée comme les lettres d’amour ou les souhaits de bon anniversaire entre proches. Mme de Sévigné a envoyé à sa fille Mme de Grignan au XVIIIe siècle de multiples lettres qui ont marqué l’histoire du genre épistolaire.

              Les lettres fictives sont des missives inventées par un écrivain. Elles n’ont jamais été envoyées et figurent en bonne place dans les œuvres littéraires. Le roman dit « épistolaire » est constitué uniquement de lettres. Evoquons Les Lettres persanes de Montesquieu, Julie ou la nouvelle Héloïse de Rousseau, Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

            On peut aussi mentionner d’autres types particuliers de correspondance : il s’agit du courrier des lecteurs qui figure dans les magazines et des lettres ouvertes (on pense à la lettre ouverte de Zola dans le journal L’Aurore et son fameux « J’accuse », à la chanson de Boris Vian, Le Déserteur).

           Pour rédiger une lettre, il faut penser à la mention du lieu, de la date d’écriture. La missive comporte une formule d’appel (par exemple « Chère Sabine »), une phrase d’introduction (par exemple « J’espère que tout va bien pour toi et ta famille »), un corps de lettre proprement dit, une formule finale (par exemple « Je te quitte en t’embrassant bien fort ») et pour finir la signature de l’expéditeur. Un PS ou post-scriptum figure parfois dans les lettres privées après la signature, il fait mention de ce sur quoi l’expéditeur veut insister avant de quitter son écrit (« Pierre et moi comptons sur vous pour une prochaine visite ! »).

           Le style des lettres privées doit être vivant et non neutre comme dans la correspondance officielle. La ponctuation est de type « émotionnel » (on note la présence de points d’exclamation et de points d’interrogation) ; les sentiments sont présents et même revendiqués grâce aux champs lexicaux correspondants.

           A vos plumes !

Laurence C. (Pseudonyme Céline)
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Messagepar Invité : Re: La Littérature épistolaire   Mar 13 Mar - 12:53

Exemples de lettres :

1) La lettre ouverte de Zola publiée le 13 janvier 1898 en première page du quotidien L’Aurore (extraits).

"Lettre à M. Félix Faure, Président de la République

Monsieur le Président,

Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ? Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les coeurs. Vous apparaissez rayonnant dans l’apothéose de cette fête patriotique que l’alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre Exposition Universelle, qui couronnera notre grand siècle de travail, de vérité et de liberté.

Mais quelle tache de boue sur votre nom - j’allais dire sur votre règne - que cette abominable affaire Dreyfus ! Un conseil de guerre vient, par ordre, d’oser acquitter un Esterhazy, soufflet suprême à toute vérité, à toute justice. Et c’est fini, la France a sur la joue cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime social a pu être commis.

Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis.

Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme. Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l’ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?

[...]

Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure. J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse- humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’état-major compromis.

J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.

J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans L’Éclair et dans L’Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.

J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.

Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends.

Veuillez agréer, monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect."

2) Lettre de Mme de Sévigné à sa fille :

A Madame de Grignan

Aux Rochers, ce mercredi 5ème d'août 1671

Enfin, je suis bien aise que M. de Coulanges vous ait mandé des nouvelles. Vous apprendrez encore celle de M. de Guise, dont je suis accablée quand je pense à la douleur de Mlle de Guise. Vous jugez bien, ma bonne, que ce ne peut être que par la force de mon imagination que cette mort me puisse faire mal ; car du reste, rien ne troublera moins le repos de ma vie. Vous savez comme je crains les reproches qu’on se peut faire à soi-même ; Mlle de Guise n’a rien à se reprocher que la mort de son neveu. Elle n’a jamais voulu qu’il ait été saigné. La quantité de sang a causé le transport au cerveau ; voilà une petite circonstance bien agréable. Je trouve que, dès qu’on tombe malade à Paris, on tombe mort ; je n’ai jamais vu une telle mortalité. Je vous conjure, ma chère bonne, de vous bien conserver. Et s’il y avait quelque enfant à Grignan qui eût la petite vérole, envoyez-le à Montélimar. Votre santé est le but de mes désirs.

Il faut un peu que je vous dise des nouvelles de nos Etats pour votre peine d’être Bretonne. M. de Chaulnes arriva dimanche au soir, au bruit de tout ce qu’on en peut faire à Vitré. Le lundi matin, il m’écrivit une lettre et me l’envoya par un gentilhomme. J’y fis réponse par aller dîner avec lui. On mangea à deux tables dans le même lieu ; cela fait une assez grande mangerie : il y a quatorze couverts à chaque table. Monsieur en tient une, Madame l’autre. La bonne chère est excessive ; on reporte les plats de rôti comme si on n’y avait pas touché. Mais pour les pyramides du fruit, il faut faire hausser les portes. Nos pères ne prévoyaient pas ces sortes de machines, puisque même ils n’imaginaient pas qu’il fallût qu’une porte fût plus haute qu’eux. Une pyramide veut entrer, ces pyramides qui font qu’on est obligé de s’écrire d’un côté de la table à l’autre, mais ce n’est pas ici qu’on en a du chagrin ; au contraire, on est fort aise de ne plus voir ce qu’elles cachent. Cette pyramide, avec vingt porcelaines, fut si parfaitement renversée à la porte que le bruit en fit taire les violons, les hautbois, les trompettes.

Après le dîner, MM. de Locmaria et de Coëtlogon, avec deux Bretonnes, dansèrent des passe-pieds merveilleux, et des menuets, d’un air que nos bons danseurs n’ont pas à beaucoup près ; ils y font des pas de bohémiens et de bas Bretons, avec une délicatesse et une justesse qui charment. Je pense toujours à vous, et j’avais un souvenir si tendre de votre danse, et de ce que je vous avais vu danser, que ce plaisir me devint une douleur. On parla fort de vous. Je suis assurée que vous auriez été ravie de voir danser Locmaria. Les violons et les passe-pieds de la cour font mal au cœur au prix de ceux-là. C’est quelque chose d’extraordinaire ; ils font cent pas différents, mais toujours cette cadence courte et juste. Je n’ai point vu d’homme danser comme lui cette sorte de danse.
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Messagepar Invité : Re: La Littérature épistolaire   Mar 13 Mar - 12:54

Exemple de lettre fictive par Céline (moi-même) :

    Paris, le 8 septembre 1857    

Monsieur,

      Vous ignorez qui je suis, vous êtes pour moi un inconnu, mais nous nous connaissons. Je suis en effet celle que vous chantâtes, que dis-je, que vous célébrâtes dans un de ces poèmes qui viennent de paraître. Oui, vous êtes l’auteur des Fleurs du Mal, mon cher ami, et je resterai à jamais pour vous un mystère ! Pardonnez mon audace mais j’ose à présent m’adresser à vous pour vous dire toute mon admiration.

       Rappelez-vous, Monsieur, de cet instant de grâce, en ce matin glacé. Il faisait si froid, le souffle des passants accompagnait leur course. Lorsque je sortis de chez la marquise de Longmont, mon amie, c’est sur vous que je faillis trébucher. Vous restâtes immobile, comme fasciné par une apparition. Je vis dans ce regard qui se posait sur moi une dévotion à nulle autre pareille.

       Ma peine était profonde, je venais d’accompagner mon époux, le général de Nordhoy, vers sa dernière demeure. Ma chère amie Mathilde avait tenté de me réconforter, en vain. J’aimais tendrement mon conjoint, notre ménage était exemplaire, j’avais eu la joie de lui donner deux beaux garçons, qui faisaient notre bonheur. Hélas ! Amor fugit ! Tout est si fugitif !

       Pardonnez ces confidences, Monsieur, vous qui êtes persécuté en ce moment. La critique, les tribunaux, l’opinion de notre grand pays vous sont hostiles. Et pourtant, quel génie est le vôtre ! On vous reproche vos poèmes licencieux, cet amour du Diable qui ne sont, j’en suis certaine, que le paravent de votre fragilité. Car je le sais, je l’ai lu dans votre regard, vous êtes pur, à la recherche d’un ange, et cet ange, un instant, j’ai cru que c’était moi !

       Ne pensez pas que je sois vaniteuse, imbue de moi-même, je ne suis que douleur et désespérance, je suis la dame en deuil que vous croisâtes ce jour-là sur le trottoir de cette ville impitoyable aux cœurs. Ne tentez pas de me joindre, unissons seulement nos âmes à distance pour un instant. Je serai éternellement fidèle à mon époux décédé, j’emporterai cet amour dans ma tombe. Mais comment oublier l'instant de notre douce rencontre ?

       Je vous écris pour vous dire simplement à quel point votre beau poème m’a touchée. Vous évoquez avec tellement de justesse cet instant si précieux. La passion, le regret s’y expriment avec tant de grâce ! Consolez-vous, mon ami, j’ai ressenti toute la force de votre sentiment lorsque nos regards se croisèrent. Mais je ne peux répondre à cette passion si vive, cet éclair éternel qui nous unit une seconde, je suis veuve à jamais.

       Ayez du courage, très cher, en ces moment difficiles que vous vivez maintenant ! Votre œuvre rayonnera toujours, au-delà même des frontières. Le temps n’existe pas, pour des génies tels que vous. Vous serez reconnu par la postérité, j’en suis certaine.

       Veuillez croire, Monsieur, à ma tendre amitié, aujourd’hui et demain. Je joins à ma missive ce poème merveilleux que vous écrivîtes à la suite de notre unique rencontre, impérissable souvenir !
Pauline, baronne de Nordhoy


A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

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