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 Qu’est-il arrivé ?

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Robert
Messagepar Robert : Qu’est-il arrivé ?   Mer 14 Mar - 13:51

Qu’est-il arrivé ?



Au loin, dans mes souvenirs, trainent les images d’un miroir, légèrement bousculé, par l’étrave d’un navire dont les roues à aubes brassent énergiquement l’eau des glaciers environnants. Les rives helvètes, de Genève jusqu’aux hauteurs de Vevey, où le bruit régulier d’une canne tourbillonnante résonne encore, voient débarquer des hordes de touristes d’été en quête de bien-être.

Ont-ils en tête le chemin parcouru par les ombles chevalier qui ont préféré délaisser les lacs d’altitude pour venir frôler les berges du château de Ripaille, ancienne résidence des ducs de Savoie, chartreuse, dominée par la Dent d'Oche ?

J’ai toujours en mémoire les gentianes bleues, calices pour abeilles butineuses. Je les vois se prélasser au soleil qui s’accroche aux pics étonnés d’un tel couvre chef. Je ressens toujours le perceptible frisson d’un matin qui se levait à l’horizon de la mer d’eau douce, voilée dans les brumes vaporeuses, lorsque le clapotis parlait aux chèvres d’un petit village de montagne, portant le nom « Les Lindarets », qui s’éveille peu à peu en sortant paisiblement des frimas, que la glace conserve !
Je me souviens de ces chemins de tendresse tracés par les sabots trainant d’anciens savoyards en partance, comme jadis, vers les pâturages d’herbes grasses où les pieds-de-lion foisonnent, jusqu’à la porte de l’été, simplement pour rivaliser avec les étoiles argentées lors de nuit bleutée par le halo d’une lune rousse.

Ces images sont-elles sur la route du déclin lorsque peu à peu fond la glace d’un géant au pied d’argile ?

La noirceur des carottages préservera-t-elle la richesse d’une ville, celle de nos soifs ?

Tout se mêle, se mélange dans de teintes abstraites !

Le noir des fumées, le blanc des neiges qui s’assombrissent à cause des chevaux de feu, des navires, qui accostent sur les berges helvètes, et des touristes qui débarquent en masse, souriant, flashs en mains, pour une photographie qui finira par jaunir dans l’un de leurs tiroirs, sans formica, sans âme non plus.

Qu’est-il arrivé ?
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Messagepar Invité : Re: Qu’est-il arrivé ?   Mer 14 Mar - 15:06

Une belle prose poétique, j'aime beaucoup ! Quelques remarques :

Pourquoi des majuscules ?
(il manque un s, attention à l'espacement)
"Ombles Chevalier "

Par ailleurs, ce paragraphe me semble trop long (attention aux espaces) :
"J’ai toujours en mémoire les gentianes bleues, calices pour abeilles butineuses. Je les vois se prélasser au soleil qui s’accroche aux pics étonnés d’un tel couvre chef. Je ressens toujours le perceptible frisson d’un matin qui se levait à l’horizon de cette mer d’eau douce, voilée dans les brumes vaporeuses, lorsque le clapotis parlait aux chèvres d’un petit village de montagne, portant le nom « Les Lindarets », qui s’éveille peu à peu en sortant paisiblement des frimas, que la glace conserve. Je me souviens de ces chemin de tendresse tracé par les sabots trainants d’anciens savoyards en partance, comme jadis, vers les pâturages d’herbes grasses où les pieds-de-lion foisonnent, jusqu’à la porte de l’été, simplement pour rivaliser avec les étoiles argentées lors de nuit bleutée par le halo d’une lune rousse. "
Sa longueur qui me semble excessive tend à déséquilibrer l'ensemble.

"se prélasser" et "débarquer" sont trop familiers, compte tenu du niveau de langue choisi pour l'ensemble.

Orthographe :
"environnent"
"raisonne"
"tracé"
"chemin"
"trainant"
"berges Helvètes"

Ponctuation :
"chartreuse, dominée"

La phrase est trop longue, accumulation maladroites de subordonnées (il faut faire des phrases plus courtes) :
"Je ressens toujours le perceptible frisson d’un matin qui se levait à l’horizon de cette mer d’eau douce, voilée dans les brumes vaporeuses, lorsque le clapotis parlait aux chèvres d’un petit village de montagne, portant le nom « Les Lindarets », qui s’éveille peu à peu en sortant paisiblement des frimas, que la glace conserve. "

Même problème ici, il manque la principale, ou alors terminer la phrase par un point d'exclamation :
"Dans le noir des fumées, dans le blanc des neiges qui s’assombrissent à cause des chevaux de feu, des navires, qui accostent sur les berges Helvètes, afin de débarquer des touristes, en flot continu, souriants, flashs en mains, pour une photographie qui finira par jaunir dans l’un de leurs tiroirs, sans formica, sans âme non plus."

Une incorrection : "des tons abstraits".

C'est un bien joli texte dans l'ensemble, qui me rappelle un peu la prose et les descriptions de Chateaubriand.

Bonne soirée !

Céline




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Robert
Messagepar Robert : Re: Qu’est-il arrivé ?   Mer 14 Mar - 15:59

Bonjour Céline, merci pour votre intervention.

Concernant les majuscules, je les ai mises car se sont des noms propres de lieux, qui existent. Nous sommes avec ce texte au bord du lac Léman, plus exactement à Thonon-les-Bains.

Je ne vois pas comment dire que des gens sortent de navires, sauf, qu'ils débarquent.
Se prélasser... Belle image je pense pour une fleur qui se balance lentement, comme langoureusement au soleil, non ? Ce verbe pour moi, renvoie à l'image de l'oisiveté, celle de la paresse du mouvement et de la sérénité d'un paysage que je veux décrire.

je souris lorsque l'on me dis " vous écrivez de longues phrases". J'aime le faire et cela juste pour ralentir la lecture du lecteur. C'est aussi pour cela que je ponctue énormément mes phrases, qui souvent veulent tisser une image, une peinture. Mais concernant les subordinations hummmmm vrai... Mais comment faire sans couper le rythme que je tiens à garder dans ces genres de paragraphe?

Merci pour les reprise d'orthographe

Merci pour tout flower

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Messagepar Invité : Re: Qu’est-il arrivé ?   Mer 14 Mar - 16:19

Proust était un expert en matière de longueur de phrase.

A l'Ombre... : une merveille !

Extrait d'Atala, Chateaubriand :

          "Les deux rives du Meschacebé présentent le tableau le plus extraordinaire. Sur le bord occidental, des savanes se déroulent à perte de vue ; leurs flots de verdure, en s’éloignant, semblent monter dans l’azur du ciel où ils s’évanouissent. On voit dans ces prairies sans bornes errer à l’aventure des troupeaux de trois ou quatre mille buffles sauvages. Quelquefois un bison chargé d’années, fendant les flots à la nage, se vient coucher parmi de hautes herbes, dans une île du Meschacebé. À son front orné de deux croissants, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dieu du fleuve, qui jette un œil satisfait sur la grandeur de ses ondes, et la sauvage abondance de ses rives.

          Telle est la scène sur le bord occidental ; mais elle change sur le bord opposé, et forme avec la première un admirable contraste. Suspendu sur les cours des eaux, groupés sur les rochers et sur les montagnes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les parfums, se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes, s’entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à l’extrémité des branches, s’élancent de l’érable au tulipier, du tulipier à l’alcée, en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. Souvent égarées d’arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivières, sur lesquels elles jettent des ponts de fleurs. Du sein de ces massifs, le magnolia élève son cône immobile ; surmonté de ses larges roses blanches, il domine toute la forêt, et n’a d’autre rival que le palmier, qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de verdure.

           Une multitude d’animaux placés dans ces retraites par la main du Créateur, y répandent l’enchantement et la vie. De l’extrémité des avenues, on aperçoit des ours enivrés de raisins, qui chancellent sur les branches des ormeaux ; des caribous se baignent dans un lac ; des écureuils noirs se jouent dans l’épaisseur des feuillages ; des oiseaux-moqueurs, des colombes de Virginie de la grosseur d’un passereau, descendent sur les gazons rougis par les fraises ; des perroquets verts à tête jaune, des piverts empourprés, des cardinaux de feu, grimpent en circulant au haut des cyprès ; des colibris étincellent sur le jasmin des Florides, et des serpents-oiseleurs sifflent suspendus aux dômes des bois, en s’y balançant comme des lianes.

           Si tout est silence et repos dans les savanes de l’autre côté du fleuve, tout ici, au contraire, est mouvement et murmure : des coups de bec contre le tronc des chênes, des froissement d’animaux qui marchent, broutent ou broient entre leurs dents les noyaux des fruits, des bruissements d’ondes, de faibles gémissements, de sourds meuglements, de doux roucoulements, remplissent ces déserts d’une tendre et sauvage harmonie. Mais quand une brise vient à animer ces solitudes, à balancer ces corps flottants, à confondre ces masses de blanc, d’azur, de vert, de rose, à mêler toutes les couleurs, à réunir tous les murmures ; alors il sort de tels bruits du fond des forêts, il se passe de telles choses aux yeux, que j’essaierais en vain de les décrire à ceux qui n’ont point parcouru ces champs primitifs de la nature."
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Robert
Messagepar Robert : Re: Qu’est-il arrivé ?   Mer 14 Mar - 16:23

Je n'ai pas la prétention de ressembler à Proust, j'en serait bien incapable. Je ne suis qu'un piètre rêveur !

À l'ombre... Titre de mon prochain recueil, À l'ombre de mon tilleul vert, en préparation d'éditions. :) Même le titre est long hihi
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Messagepar Invité : Re: Qu’est-il arrivé ?   Mer 14 Mar - 17:19

Extrait de Proust, Du côté de chez Swann, le fameux fragment des aubépines.

"Je le trouvai [le chemin] tout bourdonnant de l’odeur des aubépines. La haie formait comme une suite de chapelles qui disparaissaient sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoir ; au-dessous d’elles, le soleil posait à terre un quadrillage de clarté, comme s’il venait de traverser une verrière ; leur parfum s’étendait aussi onctueux, aussi délimité en sa forme que si j’eusse été devant l’autel de la Vierge, et les fleurs, aussi parées, tenaient chacune d’un air distrait son étincelant bouquet d’étamines, fines et rayonnantes nervures de style flamboyant comme celles qui à l’église ajouraient la rampe du jubé ou les meneaux du vitrail et qui s’épanouissaient en blanche chair de fleur de fraisier. Combien naïves et paysannes en comparaison sembleraient les églantines qui, dans quelques semaines, monteraient elles aussi en plein soleil le même chemin rustique, en la soie unie de leur corsage rougissant qu’un souffle défait.

Mais j’avais beau rester devant les aubépines à respirer, à porter devant ma pensée qui ne savait ce qu’elle devait en faire, à perdre, à retrouver leur invisible et fixe odeur, à m’unir au rythme qui jetait leurs fleurs, ici et là, avec une allégresse juvénile et à des intervalles inattendus comme certains intervalles musicaux, elles m’offraient indéfiniment le même charme avec une profusion inépuisable, mais sans me laisser approfondir davantage, comme ces mélodies qu’on rejoue cent fois de suite sans descendre plus avant dans leur secret. Je me détournais d’elles un moment, pour les aborder ensuite avec des forces plus fraîches. Je poursuivais jusque sur le talus qui, derrière la haie, montait en pente raide vers les champs, quelque coquelicot perdu, quelques bluets restés paresseusement en arrière, qui le décoraient çà et là de leurs fleurs comme la bordure d’une tapisserie où apparaît clairsemé le motif agreste qui triomphera sur le panneau ; rares encore, espacés comme les maisons isolées qui annoncent déjà l’approche d’un village, ils m’annonçaient l’immense étendue où déferlent les blés, où moutonnent les nuages, et la vue d’un seul coquelicot hissant au bout de son cordage et faisant cingler au vent sa flamme rouge, au-dessus de sa bouée graisseuse et noire, me faisait battre le cœur, comme au voyageur qui aperçoit sur une terre basse une première barque échouée que répare un calfat, et s’écrie, avant de l’avoir encore vue : « La Mer ! »

Puis je revenais devant les aubépines comme devant ces chefs-d’œuvre dont on croit qu’on saura mieux les voir quand on a cessé un moment de les regarder, mais j’avais beau me faire un écran de mes mains pour n’avoir qu’elles sous les yeux, le sentiment qu’elles éveillaient en moi restait obscur et vague, cherchant en vain à se dégager, à venir adhérer à leurs fleurs. Elles ne m’aidaient pas à l’éclaircir, et je ne pouvais demander à d’autres fleurs de le satisfaire. Alors, me donnant cette joie que nous éprouvons quand nous voyons de notre peintre préféré une œuvre qui diffère de celles que nous connaissions, ou bien si l’on nous mène devant un tableau dont nous n’avions vu jusque-là qu’une esquisse au crayon, si un morceau entendu seulement au piano nous apparaît ensuite revêtu des couleurs de l’orchestre, mon grand-père m’appelant et me désignant la haie de Tansonville, me dit : « Toi qui aimes les aubépines, regarde un peu cette épine rose ; est-elle jolie ! » En effet c’était une épine, mais rose, plus belle encore que les blanches. Elle aussi avait une parure de fête,—de ces seules vraies fêtes que sont les fêtes religieuses, puisqu’un caprice contingent ne les applique pas comme les fêtes mondaines à un jour quelconque qui ne leur est pas spécialement destiné, qui n’a rien d’essentiellement férié,—mais une parure plus riche encore, car les fleurs attachées sur la branche, les unes au-dessus des autres, de manière à ne laisser aucune place qui ne fût décorée, comme des pom pons qui enguirlandent une houlette rococo, étaient « en couleur », par conséquent d’une qualité supérieure selon l’esthétique de Combray si l’on en jugeait par l’échelle des prix dans le « magasin » de la Place ou chez Camus où étaient plus chers ceux des biscuits qui étaient roses. Moi-même j’appréciais plus le fromage à la crème rose, celui où l’on m’avait permis d’écraser des fraises. Et justement ces fleurs avaient choisi une de ces teintes de chose mangeable, ou de tendre embellissement à une toilette pour une grande fête, qui, parce qu’elles leur présentent la raison de leur supériorité, sont celles qui semblent belles avec le plus d’évidence aux yeux des enfants, et à cause de cela, gardent toujours pour eux quelque chose de plus vif et de plus naturel que les autres teintes, même lorsqu’ils ont compris qu’elles ne promettaient rien à leur gourmandise et n’avaient pas été choisies par la couturière. Et certes, je l’avais tout de suite senti, comme devant les épines blanches mais avec plus d’émerveillement, que ce n’était pas facticement, par un artifice de fabrication humaine, qu’était traduite l’intention de festivité dans les fleurs, mais que c’était la nature qui, spontanément, l’avait exprimée avec la naïveté d’une commerçante de village travaillant pour un reposoir, en surchargeant l’arbuste de ces rosettes d’un ton trop tendre et d’un pompadour provincial. Au haut des branches, comme autant de ces petits rosiers aux pots cachés dans des papiers en dentelles, dont aux grandes fêtes on faisait rayonner sur l’autel les minces fusées, pullulaient mille petits boutons d’une teinte plus pâle qui, en s’entr’ouvrant, laissaient voir, comme au fond d’une coupe de marbre rose, de rouges sanguines et trahissaient plus encore que les fleurs, l’essence particulière, irrésistible, de l’épine, qui, partout où elle bourgeonnait, où elle allait fleurir, ne le pouvait qu’en rose. Intercalé dans la haie, mais aussi différent d’elle qu’une jeune fille en robe de fête au milieu de personnes en négligé qui resteront à la maison, tout prêt pour le mois de Marie, dont il semblait faire partie déjà, tel brillait en souriant dans sa fraîche toilette rose, l’arbuste catholique et délicieux. (Swann 138/216)."
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