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 Le Monde torturé de Francis Bacon

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Céline
Message Céline : Le Monde torturé de Francis Bacon   Ven 30 Mar - 12:30

Le Monde torturé de Francis Bacon
Art contemporain

Vente du triptyque de F. Bacon

              Cent quarante-deux millions de dollars. C’est la somme astronomique qu’un acheteur a versée pour faire l’acquisition en 2013 d’un triptyque de Francis Bacon, peintre britannique né en 1909 à Dublin et mort en 1992. Ces Trois Études de Lucien Freud ont battu le record atteint par Le Cri d'Edvard Munch. C’est dire si ce peintre connaît les faveurs de l’époque actuelle. Et pourtant, rien de plus rebutant a priori que les œuvres torturées, déformées, de celui qui déclarait aimer la chair plutôt que les corps et qui ne comprenait pas que l’on soit choqué par ce qui n’était après tout que la simple réalité.

                Quelles en sont les causes ? Il serait possible de revenir sur les jeunes années difficiles du peintre, enfant maladif, écrasé par un père autoritaire ; rappeler son homosexualité, l’hostilité qui a suivi cette révélation et qu’il a subie de plein fouet ; insister sur le fait qu’il n’a commencé à exposer qu’à un âge relativement avancé. On pourrait également analyser les influences artistiques qu’il a subies, rappeler son goût pour le surréalisme, l’art de Picasso, Velasquez, Poussin ou Rembrandt. Mais ses créations sont tellement originales et personnelles qu’elles se suffisent à elles-mêmes.

              Il serait plus intéressant de laisser parler l’artiste. Il sera possible alors d’entrer dans l’univers de celui qui ne déformait que pour révéler, celui qui mettait au jour ce que tous dissimulent, celui qui montrait à quel point ce que nous croyons être le réel n’est que le fruit d’une habitude et d’un conditionnement. Pourtant, ce n’était pas un donneur de leçons, il ne faisait passer aucun message. Il précise bien cela dans une de ses déclarations : « Je n'essaie pas vraiment de dire quelque chose, j'essaie de faire quelque chose ». Ce qui intéresse Francis Bacon, c’est ce qui est unique dans son œuvre : tel André Breton dans la poésie, il avait pour seule ambition, comme il le dit, de « piéger la réalité ».

             Ce qui nous choque, c’est ce qui le frappe, ce qui l’inspire et le rend créateur. Rappelons-nous ses propos : « On ne sait pourquoi certaines choses vous touchent. C’est vrai, j’adore les rouges, les bleus, les jaunes, les gras. Nous sommes de la viande, n’est-ce pas ? Quand je vais chez le boucher, je trouve toujours surprenant de ne pas être là, à la place des morceaux de viande. Et puis il y a un vers d’Eschyle qui hante mon esprit : "L’odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux " ». « Lac de sang hanté des mauvais anges », comme les toiles de Goya, selon le mot de Baudelaire, ses œuvres doivent être abordées avec le sentiment d’une franchise absolue.

              Œuvre vivante, sa peinture évolue sous le pinceau de celui qui la crée. Nulle préméditation chez celui qui se laisse envahir par l’intensité de sa relation au monde. Relisons ses propos : « La peinture est pour moi comme un accident. Je la conçois, mais je n’arrive presque jamais à ce que j’avais prévu. Elle se transforme elle-même. En fait, je sais rarement ce que sera la toile et beaucoup de choses se produisent par accident ». Le pinceau exprime beaucoup de l’inconscient du peintre, c’est ce qui donne force, mais aussi authenticité, à ses réalisations. Et si les modèles s’offusquent du résultat, voici ce que leur répond le Maître : « "Certains pensent que les déformations que j'apporte à leur portrait est une insulte. Je crois que c'est plus profond, un ressenti personnel, une image psychologique". »

              Chez Francis Bacon, la violence n’est jamais gratuite. Ils sont nombreux ceux qui, comme lui, âmes hypersensibles, ont perçu toute l’horreur et la brutalité du monde. On pense à Munch, bien sûr, mais aussi à Soutine, ce grand méconnu de la critique et du public. Les œuvres du peintre sont épiphanie, révélation, et en tant que telles, porteuses de toute l’authenticité et de toute l’intensité du monde. Relisons ses confidences : « J'aurais aimé peindre une bouche comme Monet peignait le soleil couchant. Je peins des cris, je ne suis pas capable de peindre un sourire ». N’oublions jamais le mot de ce peintre hors du commun : « Quand vous peignez quelqu’un, vous vous peignez vous-mêmes, c’est un exercice double ».

Autoportrait de l'artiste


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