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 Baptiste est mort.

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pierrotdelune
Messagepar pierrotdelune : Baptiste est mort.   Lun 7 Mai - 12:30

Merci de me faire part de vos commentaires qui me permettront de retravailler ce texte qui devrait connaître, si tout va bien, une suite.

Baptiste est mort.  Ces mots résonnaient dans sa tête comme un écho interminable.  Il était là prostré, incapable du moindre mouvement.
Un cauchemar.  Il tentait de s’en convaincre.  Le réveil allait sonner et le martèlement de cette voix cesserait.  La journée s’offrirait à lui et elle se promettait d’être belle.  En effet, aujourd’hui, il devait rencontrer l’éditeur pour la signature de son contrat.  Son recueil de nouvelles allait être publié.

La voix continuait.  Non, ce n’était pas un cauchemar.  Il était éveillé depuis plus d’une heure déjà.  Depuis que son smartphone avait sonné.  Il avait jeté un regard sur l’écran lumineux de son réveil qui indiquait  5h52.  Il avait enfoui sa tête sous l’oreiller décidé à prolonger son sommeil.  Devant l’insistance de l’appelant, il avait capitulé.  Quelle idée aussi de faire de cet appareil son compagnon de nuit !

C’était Véro, sa soeur.  A sa voix tremblante, il avait tout de suite compris que quelque chose n’allait pas.  Il avait craint pour son père qui n’était pas au mieux depuis quelques temps.

- Antoine, c’est Véro.  Tu as vu les dernières nouvelles ?
- A cette heure-ci, j’ai plutôt l’habitude de dormir.  Et puis tu sais, les actualités et moi…

Elle l’interrompit et lui asséna ce qui s’apparente au direct d’un boxeur professionnel catégorie poids lourd :

- Baptiste est mort.  Des sanglots entrecoupaient sa voix.

Il était pétrifié.  Le sang avait déserté son corps. S’il n’avait pas été assis sur son lit, il serait tombé.  Ses mâchoires étaient bloquées.  Impossible de faire usage de sa bouche.

- Antoine, tu m’entends, répéta-t-elle entre deux sanglots.

Il lui sembla qu’une éternité s’était écoulée avant qu’il puisse retrouver l’usage de ses maxillaires et de la parole.

- Qu’est-ce que tu dis ? Ce n’est pas possible.  Non, c’est impossible.

Elle ajouta :

- Il s’est suicidé, Antoine.  Il s’est suicidé.

Il avait la sensation qu’un bulldozer lui était passé sur le corps. Baptiste. Suicidé ? Le sang circulait à nouveau dans son corps, il l’assaillait, battait ses tempes.  Sa tête était douloureuse.

- Ce n’est pas possible.  Pas Baptiste.  Jamais il n’aurait fait cela.  C’est un roc.  Il a la vie chevillée au corps.
- Si, Antoine, il s’est suicidé.  Je viens de le découvrir sur « Facebook »…

Depuis toujours, ma sœur avait l’habitude de se lever avec les poules.  Elle aimait le calme et la tranquillité des journées commencées avant l’aurore.

Il lui coupa la parole :

- Sur Facebook mais on y raconte n’importe quoi.  Encore un crétin qui n’aura rien trouvé de mieux pour se faire mousser.
- Je t’assure que c’est la réalité.  Le maire a déjà réagi sur son profil !

Le maire ? Quelle audace ! Ce n’était plus un suicide mais un meurtre.  Cet hypocrite.  Ce fourbe.  Après tout ce qu’ils avaient fait subir à Baptiste, lui et sa bande de rapaces.

- Le maire a écrit…

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’il l’interrompit, hors de lui.

- Fais-moi grâce de ce qu’il a écrit.  Je ne l’imagine que trop bien et je ne veux pas l’entendre.

Il voyait ça d’ici : « C’est avec effroi que j’ai appris la nouvelle de la disparition de Baptiste Lutin. Ses enfants perdent un père aimant. Notre ville est orpheline d’un homme apprécié de toutes et tous.  Sa grandeur d’âme, sa générosité sans limite, sa culture qu’il aimait partager avec les plus démunis et blabla… »

- Baptiste était très connu et apprécié.  En tant que maire, c’est naturel qu’il réagisse.  Il s’est exprimé avec justesse et respect, tu sais

- Etre maire ne lui donne pas tous les droits.  Respect ? Quel respect ? Il ne sait même pas ce que ça veut dire.  Son intervention, c’est juste pour se donner bonne conscience.  Pour autant qu’il en ait une…éructa-t-il.

Il avait la nausée, son cœur battait à tout rompre.

- Je sais que Baptiste comptait beaucoup pour toi, je ne voulais pas que tu apprennes cette terrible nouvelle n’importe comment.  Je suis moi-même bouleversée, ajouta-t-elle.

Comptait.  Ce n’était pas tant l’usage de l’imparfait que le choix du verbe qui l’avait heurté.  Baptiste était son alter ego, ce frère aîné qu’il n’avait jamais eu, une partie de lui-même.  Plus qu’orphelin, il était ,maintenant, amputé de la moitié de son être.

Il n’en voulait pas à Véronique.  Il lui avait fallu beaucoup de courage pour l’appeler.  Il la remercia et la rassura avant de raccrocher.

Il était donc là, sur son lit, incapable de bouger.  Il se sentait à la fois lourd et vide.  Il était là sans vraiment y être.  Des pensées de toutes sortes l’assaillaient, anarchiques, incohérentes.  Il errait entre le passé qui le rassurait et le présent dont la réalité lui était insoutenable.

Baptiste et lui s’étaient parlé au téléphone il y a quelques jours.  Comme à son habitude, il était désinvolte, gai et blagueur.  Il devait aller le rejoindre dans sa retraite montagnarde dans un mois pour passer ensemble les fêtes de fin d’année.  Trois ans qu’ils s’y retrouvaient depuis que Baptiste avait pris distance avec les tourments de sa vie d’ici, préférant la société des chèvres et le calme des alpages.  Dans un mois…Non, plus jamais martelait ce présent qu’il haïssait.  Que s’était-il passé ? Y avait-il quelque chose qu’il n’avait pas détecté ? Il se repassait en boucle leur dernière conversation.  Rien.

La sonnerie de son smartphone le sortit de sa torpeur. Il s’en saisit et décrocha
comme un automate.  Une voix féminine. C’était la secrétaire de l’éditeur qui  lui rappelait son rendez-vous à 15 heures.  La perspective de cette rencontre l’avait rendu euphorique.  Un rêve qui allait se réaliser.  Aujourd’hui, elle pesait sur lui du poids de la contrainte et de l’absurde.  Elle n’avait plus de sens dès lors que Baptiste était mort.  C’était grâce à lui qu’il y était parvenu.  Il avait cru en sa prose, l’avait encouragé, soutenu, eu toutes les patiences face à es doutes, ses craintes et sa mauvaise humeur.  A quoi bon publier un livre qu’il ne tiendrait jamais dans ses mains.

Il s’entendit répondre d’une voix qu’il ne se connaissait pas qu’il ne saurait pas honorer son rendez-vous.  Sans lui laisser le temps d’en dire davantage, elle lui rétorqua sèchement que Monsieur Frolin avait un emploi du temps très chargé et qu’il lui faisait l’honneur de le recevoir en personne.  Tout le monde n’avait pas cette chance.  Encore un qui avait un ego surdimensionné ou une secrétaire amoureuse…Avec ce qui lui restait de forces, il articula qu’il venait de perdre un frère.  Un blanc qui lui parut une éternité suivit avant que sur un ton plus doux elle se confonde en excuses, se dise désolée et lui présente ses condoléances.  Qu’il la rappelle dès qu’il serait en mesure de le faire.  Qu’il ne tarde tout de même pas trop ne put-elle s’empêcher d’ajouter.

Alors qu’Antoine était un adolescent taiseux que les études ennuyaient,  Baptiste, ce jeune professeur de Français l’avait ouvert à la littérature, au théâtre et avait fait naître chez lui le goût de l’écriture.  Tout naturellement, il avait rejoint la petite troupe théâtrale que Baptiste avait créée et dont les représentations avaient connu de belles heures.  Malheureusement, privée de subsides et malgré l’acharnement de Baptiste, celle-ci avait fait long feu.  Dans la réalité, le succès qu’elle remportait faisait de l’ombre aux ambitions du maire  qui rêvait pour sa ville d’un projet pharaonique érigé à sa gloire.  Baptiste avait connu les mêmes déboires avec sa bibliothèque itinérante.

S’il l’avait vu déçu et parfois amer, jamais Antoine n’avait senti le moindre découragement chez Baptiste.  Pas de ressentiment ni de rancune non plus.  Lorsqu’il avait quitté la ville pour rejoindre les montagnes, ce n’était pas une fuite ni un renoncement mais l’appel d’une nouvelle vie.

Après des études de journalisme et de lettres, Antoine était devenu chroniqueur littéraire pour le plus grand bonheur de Baptiste.  Ils se voyaient régulièrement et il n’était pas rare qu’ils commettent ensemble un pamphlet.
Baptiste restait convaincu des talents d’écrivain d’Antoine et le poussait dans ce sens.  Ces cinq denières années, il ne l’avait pas lâché.  Même lorsqu’il avait gagné ses chères montagnes. Il l’avait talonné après l’avoir sauvé d’une noyade certaine.  Antoine lui devait la vie.

Une tragique soirée de juillet, Antoine avait perdu sa douce Clarisse.  L’amour de sa vie.  Son âme sœur.  Fauchée par un chauffard qui l’avait laissée agonisante sur le bord de cette route de campagne.  C’était un promeneur qui avait découvert son vélo et son corps sans vie derrière cet arbre fatal.  On n’avait jamais pu identifier le fuyard meurtrier.

Baptiste s’était fait un sang d’encre voyant son ami dépérir, sombrer peu à peu dans une dépression profonde.  Il avait été là chaque jour l’empêchant de commettre l’irréparable, le ramenant peu à peu à la surface.  Il avait sué eau et sang mais n’avait jamais abandonné.  Il lui avait redonné le goût de vivre et plus encore, de croire à nouveau au bonheur.

Et aujourd’hui, lui, Antoine avait failli.  Il n’avait pas vu la chute de son ami.  Il n’avait pas su être à ses côtés.  N’était-il qu’un égoïste, qu’un vampire qui se serait nourri du sang de Baptiste pour le laisser exsangue sur le bord de sa vie ?

Si une cérémonie officielle fut organisée à l’initiative de la mairie, au moins les funérailles de Baptiste se déroulèrent-elles dans la plus stricte intimité selon la volonté de sa famille et de celle du défunt.  Malgré la culpabilité qui le tenaillait, Antoine se tint aux côtés de ses proches.  Il le lui devait bien.

Plusieurs semaines après la dispartion de son ami,  Antoine qui ne sortait de chez lui que pour vider sa boîte-aux-lettres vomissante découvrit une enveloppe sur laquelle courrait l’écriture fine de Baptiste.  Ses mains tremblèrent.  Il rentra pour trouver un siège avant que ses jambes ne se dérobent.

Il la déchira plus qu’il ne l’ouvrit et la lut avec appréhension.

« Antoine, je ne dirai plus mon ami car je n’en suis plus digne et ce, depuis longtemps.  Quand tu liras cette lettre, j’aurai quitté la scène en mauvais acteur non sans vous avoir fait souffrir toi, ma mère et mes enfants. Te dire que je tire ma révérence parce que je souffre comme une bête serait une insulte à ton endroit.  Une de plus après la trahison.  Ces cinq dernières années, je n’ai eu de cesse que tu puisses sortir du néant dans lequel tu t’engouffrais, que tu renoues avec la vie et que peut-être tu goûtes à nouveau au bonheur. Je le souhaitais de toutes mes forces même s’il s’agissait pour moi d’expier ma faute, de faire taire cette culpabilité qui n’a jamais cessé de me ronger. Plus que d’une faute, c’est d’un crime dont il est question.  Encore suis-je bien lâche pour ne pas te l’avouer en face mais par le truchement de cette lettre.
Cette funeste soirée de juillet, j’ai pris la fuite après avoir heurté de plein fouet le vélo de Clarisse.  J’étais ivre et j’ai pris peur.  Personne ne m’avait vu alors j’ai pris la fuite.  Après,… ».

Antoine ne put poursuivre la lecture de cette confession.  Son corps était secoué par les sanglots, des torrents de larmes inondaient son visage.  Il fut pris de nausées et vomit à plusieurs reprises.  Il hurla et tapa sa tête contre les murs.  Il renversa tout ce qui lui tombait sous la main.  Au petit matin, il gisait sur le sol, recroquevillé, tremblant de tout son être comme un animal blessé.

Une année s’est écoulée, le roman « La trahison » d’Antoine Bourdet bat des records de vente pour le grand bonheur des éditions Frolin.  Cet après-midi, l’auteur qui ne quitte que rarement sa retraite montagnarde rencontrera les lecteurs pour une séance de dédicaces.  Elle se déroulera à la librairie « L’éphémère » ouverte vingt ans plus tôt par Baptiste Lutin.


Pierrot de lune
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Messagepar Invité : Re: Baptiste est mort.   Lun 7 Mai - 12:42

Baptiste est mort. Ces mots résonnaient dans sa tête comme un écho interminable.  Il était là prostré, incapable du moindre mouvement. Un cauchemar. Mais le réveil allait sonner et le martèlement de cette voix cesserait, n'est-ce pas ? Il tentait de s’en convaincre.  La journée s’offrirait à lui et elle se promettait d’être belle. En effet, aujourd’hui, il devait rencontrer l’éditeur pour la signature de son contrat.  Ne devait-il pas ce jour-là rencontrer son éditeur pour la publication d'un recueil de nouvelles ? Son recueil de nouvelles allait être publié.

La voix continuait.  Non, ce n’était pas un cauchemar.  Il était éveillé depuis plus d’une heure déjà.  Depuis que son smartphone avait sonné.  Il avait jeté un regard sur l’écran lumineux de son réveil qui indiquait  5h52.  Il avait enfoui sa tête sous l’oreiller décidé à prolonger son sommeil.  Devant l’insistance de l’appelant, il avait capitulé.  Quelle idée aussi de faire de cet appareil son compagnon de nuit !

C’était Véro, sa soeur.  A sa voix tremblante, il avait tout de suite compris que quelque chose n’allait pas.  Il avait craint pour son père qui n’était pas au mieux depuis quelques temps.

- Antoine, c’est Véro.  Tu as vu les dernières nouvelles ?

- A cette heure-ci, j’ai plutôt l’habitude de dormir.  Et puis tu sais, les actualités et moi…

Elle l’interrompit et lui asséna ce qui s’apparente au direct d’un boxeur professionnel catégorie poids lourd :

- Baptiste est mort.  

Des sanglots entrecoupaient sa voix.

Il était pétrifié.  Le sang avait déserté son corps. S’il n’avait pas été assis sur son lit, il serait tombé.  Ses mâchoires étaient bloquées.  Impossible de faire usage de sa bouche.

- Antoine, tu m’entends, répéta-t-elle entre deux sanglots.
- Antoine, tu m'entends ? Elle sanglotait.

Il lui sembla qu’une éternité s’était écoulée avant qu’il puisse retrouver l’usage de ses maxillaires et de la parole.

- Qu’est-ce que tu dis ? Ce n’est pas possible.  Non, c’est impossible.

Elle ajouta :

- Il s’est suicidé, Antoine.  Il s’est suicidé.

Il avait la sensation qu’un bulldozer lui était passé sur le corps. Baptiste. Suicidé ? Le sang circulait à nouveau dans son corps, il l’assaillait, battait ses tempes.  Sa tête était douloureuse.

- Ce n’est pas possible.  Pas Baptiste.  Jamais il n’aurait fait cela.  C’est un roc.  Il a la vie chevillée au corps.

- Si, Antoine, il s’est suicidé.  Je viens de le découvrir sur « Facebook »…

Depuis toujours, ma sœur avait l’habitude de se lever avec les poules.  Elle aimait le calme et la tranquillité des journées commencées avant l’aurore.

Il lui coupa la parole :

- Sur Facebook mais on y raconte n’importe quoi.  Encore un crétin qui n’aura rien trouvé de mieux pour se faire mousser.

- Je t’assure que c’est la réalité.  Le maire a déjà réagi sur son profil !

Le maire ? Quelle audace ! Ce n’était plus un suicide mais un meurtre.  Cet hypocrite.  Ce fourbe.  Après tout ce qu’ils avaient fait subir à Baptiste, lui et sa bande de rapaces.

- Le maire a écrit…

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’il l’interrompit, hors de lui.

- Fais-moi grâce de ce qu’il a écrit.  Je ne l’imagine que trop bien et je ne veux pas l’entendre.

Il voyait ça d’ici : « C’est avec effroi que j’ai appris la nouvelle de la disparition de Baptiste Lutin. Ses enfants perdent un père aimant. Notre ville est orpheline d’un homme apprécié de toutes et tous.  Sa grandeur d’âme, sa générosité sans limite, sa culture qu’il aimait partager avec les plus démunis et blabla… »

- Baptiste était très connu et apprécié.  En tant que maire, c’est naturel qu’il réagisse.  Il s’est exprimé avec justesse et respect, tu sais

- Etre maire ne lui donne pas tous les droits.  Respect ? Quel respect ? Il ne sait même pas ce que ça veut dire.  Son intervention, c’est juste pour se donner bonne conscience.  Pour autant qu’il en ait une…éructa-t-il.

Il avait la nausée, son cœur battait à tout rompre.

- Je sais que Baptiste comptait beaucoup pour toi, je ne voulais pas que tu apprennes cette terrible nouvelle n’importe comment.  Je suis moi-même bouleversée, ajouta-t-elle.

Comptait.  Ce n’était pas tant l’usage de l’imparfait que le choix du verbe qui l’avait heurté.  Baptiste était son alter ego, ce frère aîné qu’il n’avait jamais eu, une partie de lui-même.  Plus qu’orphelin, il était ,maintenant, amputé de la moitié de son être.

Il n’en voulait pas à Véronique.  Il lui avait fallu beaucoup de courage pour l’appeler.  Il la remercia et la rassura avant de raccrocher.

Il était donc là, sur son lit, incapable de bouger.  Il se sentait à la fois lourd et vide.  Il était là sans vraiment y être.  Des pensées de toutes sortes l’assaillaient, anarchiques, incohérentes.  Il errait entre le passé qui le rassurait et le présent dont la réalité lui était insoutenable.

Baptiste et lui s’étaient parlé au téléphone il y a quelques jours.  Comme à son habitude, il était désinvolte, gai et blagueur.  Il devait aller le rejoindre dans sa retraite montagnarde dans un mois pour passer ensemble les fêtes de fin d’année.  Trois ans qu’ils s’y retrouvaient depuis que Baptiste avait pris distance avec les tourments de sa vie d’ici, préférant la société des chèvres et le calme des alpages.  Dans un mois…Non, plus jamais martelait ce présent qu’il haïssait. Que s’était-il passé ? Y avait-il quelque chose qu’il n’avait pas détecté ? Il se repassait en boucle leur dernière conversation.  Rien.

La sonnerie de son smartphone le sortit de sa torpeur. Il s’en saisit et décrocha comme un automate.  Une voix féminine. C’était la secrétaire de l’éditeur qui  lui rappelait son rendez-vous à 15 heures.  La perspective de cette rencontre l’avait rendu euphorique.  Un rêve qui allait se réaliser.  Aujourd’hui, elle pesait sur lui du poids de la contrainte et de l’absurde.  Elle n’avait plus de sens dès lors que Baptiste était mort.  C’était grâce à lui qu’il y était parvenu.  Il avait cru en sa prose, l’avait encouragé, soutenu, eu toutes les patiences face à es doutes, ses craintes et sa mauvaise humeur.  A quoi bon publier un livre qu’il ne tiendrait jamais dans ses mains.

Il s’entendit répondre d’une voix qu’il ne se connaissait pas qu’il ne saurait pas honorer son rendez-vous.  Sans lui laisser le temps d’en dire davantage, elle lui rétorqua sèchement que Monsieur Frolin avait un emploi du temps très chargé et qu’il lui faisait l’honneur de le recevoir en personne.  Tout le monde n’avait pas cette chance.  Encore un qui avait un ego surdimensionné ou une secrétaire amoureuse… Avec ce qui lui restait de forces, il articula qu’il venait de perdre un frère.  Un blanc qui lui parut une éternité suivit avant que sur un ton plus doux elle se confonde en excuses, se dise désolée et lui présente ses condoléances.  Qu’il la rappelle dès qu’il serait en mesure de le faire.  Qu’il ne tarde tout de même pas trop ne put-elle s’empêcher d’ajouter.

Alors qu’Antoine était un adolescent taiseux que les études ennuyaient,  Baptiste, ce jeune professeur de Français l’avait ouvert à la littérature, au théâtre et avait fait naître chez lui le goût de l’écriture.  Tout naturellement, il avait rejoint la petite troupe théâtrale que Baptiste avait créée et dont les représentations avaient connu de belles heures.  Malheureusement, privée de subsides et malgré l’acharnement de Baptiste, celle-ci avait fait long feu.  Dans la réalité, le succès qu’elle remportait faisait de l’ombre aux ambitions du maire  qui rêvait pour sa ville d’un projet pharaonique érigé à sa gloire.  Baptiste avait connu les mêmes déboires avec sa bibliothèque itinérante.

S’il l’avait vu déçu et parfois amer, jamais Antoine n’avait senti le moindre découragement chez Baptiste.  Pas de ressentiment ni de rancune non plus.  Lorsqu’il avait quitté la ville pour rejoindre les montagnes, ce n’était pas une fuite ni un renoncement mais l’appel d’une nouvelle vie.

Après des études de journalisme et de lettres, Antoine était devenu chroniqueur littéraire pour le plus grand bonheur de Baptiste.  Ils se voyaient régulièrement et il n’était pas rare qu’ils commettent ensemble un pamphlet.

Baptiste restait convaincu des talents d’écrivain d’Antoine et le poussait dans ce sens.  Ces cinq denières années, il ne l’avait pas lâché.  Même lorsqu’il avait gagné ses chères montagnes. Il l’avait talonné après l’avoir sauvé d’une noyade certaine.  Antoine lui devait la vie.

Une tragique soirée de juillet, Antoine avait perdu sa douce Clarisse.  L’amour de sa vie.  Son âme sœur.  Fauchée par un chauffard qui l’avait laissée agonisante sur le bord de cette route de campagne.  C’était un promeneur qui avait découvert son vélo et son corps sans vie derrière cet arbre fatal.  On n’avait jamais pu identifier le fuyard meurtrier.

Baptiste s’était fait un sang d’encre voyant son ami dépérir, sombrer peu à peu dans une dépression profonde.  Il avait été là chaque jour l’empêchant de commettre l’irréparable, le ramenant peu à peu à la surface.  Il avait sué eau et sang mais n’avait jamais abandonné.  Il lui avait redonné le goût de vivre et plus encore, de croire à nouveau au bonheur.

Et aujourd’hui, lui, Antoine avait failli.  Il n’avait pas vu la chute de son ami.  Il n’avait pas su être à ses côtés.  N’était-il qu’un égoïste, qu’un vampire qui se serait nourri du sang de Baptiste pour le laisser exsangue sur le bord de sa vie ?

Si une cérémonie officielle fut organisée à l’initiative de la mairie, au moins les funérailles de Baptiste se déroulèrent-elles dans la plus stricte intimité selon la volonté de sa famille et de celle du défunt.  Malgré la culpabilité qui le tenaillait, Antoine se tint aux côtés de ses proches.  Il le lui devait bien.

Plusieurs semaines après la dispartion de son ami,  Antoine qui ne sortait de chez lui que pour vider sa boîte-aux-lettres vomissante découvrit une enveloppe sur laquelle courait l’écriture fine de Baptiste.  Ses mains tremblèrent.  Il rentra pour trouver un siège avant que ses jambes ne se dérobent.

Il la déchira plus qu’il ne l’ouvrit et la lut avec appréhension.

« Antoine, je ne dirai plus mon ami car je n’en suis plus digne et ce, depuis longtemps.  Quand tu liras cette lettre, j’aurai quitté la scène en mauvais acteur non sans vous avoir fait souffrir toi, ma mère et mes enfants. Te dire que je tire ma révérence parce que je souffre comme une bête serait une insulte à ton endroit.  Une de plus après la trahison.  Ces cinq dernières années, je n’ai eu de cesse que tu puisses sortir du néant dans lequel tu t’engouffrais, que tu renoues avec la vie et que peut-être tu goûtes à nouveau au bonheur. Je le souhaitais de toutes mes forces même s’il s’agissait pour moi d’expier ma faute, de faire taire cette culpabilité qui n’a jamais cessé de me ronger. Plus que d’une faute, c’est d’un crime dont il est question.  Encore suis-je bien lâche pour ne pas te l’avouer en face mais par le truchement de cette lettre.
Cette funeste soirée de juillet, j’ai pris la fuite après avoir heurté de plein fouet le vélo de Clarisse.  J’étais ivre et j’ai pris peur.  Personne ne m’avait vu alors j’ai pris la fuite.  Après,… ».

Antoine ne put poursuivre la lecture de cette confession.  Son corps était secoué par les sanglots, des torrents de larmes inondaient son visage.  Il fut pris de nausées et vomit à plusieurs reprises.  Il hurla et tapa sa tête contre les murs.  Il renversa tout ce qui lui tombait sous la main.  Au petit matin, il gisait sur le sol, recroquevillé, tremblant de tout son être comme un animal blessé.

Une année s’est écoulée, le roman « La trahison » d’Antoine Bourdet bat des records de vente pour le grand bonheur des éditions Frolin.  Cet après-midi, l’auteur qui ne quitte que rarement sa retraite montagnarde rencontrera les lecteurs pour une séance de dédicaces.  Elle se déroulera à la librairie « L’éphémère » ouverte vingt ans plus tôt par Baptiste Lutin.
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Messagepar Invité : Re: Baptiste est mort.   Lun 7 Mai - 16:15

Comme promis, tu trouveras ci-dessus la version que je te propose de ta nouvelle, pierrotdelune.

Au début, des interrogations oratoires (questions sans réponse attendue) peuvent introduire de la tension, de l'émotion dans le récit. Il ne faut pas être logique (éviter les liaisons logiques du style "en effet" ; c'est un moment de crise, qu'il faut restituer, rendre sensible au lecteur).

Mais globalement, ainsi que je te le disais, le choix des personnages est pertinent, le héros attachant. Reste un style un peu lourd, pâteux, redondant. J'ai allégé l'ensemble. Tout ce qui est en gras (sans jeu de mot) peut être retiré sans dommage, bien au contraire.

Le rythme de ton récit y gagnera en rapidité, et ta narration, en nervosité. L'intensité de ta nouvelle sera plus vive.

L'orthographe et la syntaxe sont très correctes (je n'ai corrigé que deux erreurs).

Pense enfin à justifier l'ensemble.

Tout cela correspond à un jugement et à une sensibilité personnels. Libre à toi d'en faire ce que tu veux.

Bonne fin de journée à toi !

Céline
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pierrotdelune
Messagepar pierrotdelune : Re: Baptiste est mort.   Mer 9 Mai - 6:59

Merci à toi Céline pour ta lecture, tes apports et ton point de vue.
C'est vrai qu'en relisant mon texte puis celui que tu proposes, je prends conscience qu'il y a des longueurs et des lourdeurs. Il y a cependant quelques passages que je ne vais pas complètement modifier compte tenu du devenir de mon texte.

Pourrais-tu m'éclairer sur ce que tu entends par "justifier l'ensemble" ?

Merci d'avance.

Belle journée à toi.

:voit:


Pierrot de lune
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Messagepar Invité : Re: Baptiste est mort.   Mer 9 Mai - 7:25

Justifier un texte c'est le sélectionner dans son ensemble puis appuyer sur cette icône pour faire en sorte qu'il soit disposé sur la page de façon satisfaisante :

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Gourmandine
Messagepar Gourmandine : Re: Baptiste est mort.   Dim 10 Juin - 14:56

Hello Pierrot de lune,
Est-ce que tu as encore besoin d'aide pour ton texte?
Sinon je mets le logo comme quoi tu es satisfaite des commentaires .
Bisouilles.
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Messagepar pierrotdelune : Re: Baptiste est mort.   Lun 11 Juin - 12:33

L'aide de Céline a été constructive et enrichissante. Tu peux afficher le logo.

:roose


Pierrot de lune
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Messagepar Invité : Re: Baptiste est mort.   Lun 11 Juin - 13:45

Merci, pierrotdelune !

J'ai mis le logo.

Bonne soirée à toi !
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Messagepar Contenu sponsorisé : Re: Baptiste est mort.   

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Baptiste est mort.
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